Fictive rencontre avec Christian Bobin

Ça a commencé par une phrase entre guillemets: « ce qui ne peut danser au bord des lèvres s’en va hurler au fond de l’âme ». Voilà, une phrase et tout est dit. C’est ce qu’on appelle du grand art.

C’est un peu comme le premier regard échangé. Pourtant, je ne suis pas tout de suite revenue vers vous. Votre nom tournoyait dans ma tête : « Christian Bobin » comme un refrain qui revient chanter dans la tête. Pourtant, le bruit du monde m’a retenue ailleurs.

Et puis, le hasard des algorithmes m’a fait entendre votre voix. Une émission de France Culture avec Frédéric Lenoir. Deuxième rencontre, le coeur bat. Je vous entends, et je vous comprends. Ou plutôt est-ce vous qui me comprenez. Vous parlez de l’écriture, de la façon dont elle vous envahit, de cette manière qu’ont les mots d’apparaître devant vous, les phrases de danser dans votre esprit jusqu’à la pause finale, cette perfection de sensation, cette justesse des lettres juxtaposées. Ne touchez plus une virgule, c’est là. C’est comme moi. Oui, exactement. Je ne sais pas d’où ça vient, ça vient, c’est tout. Parfois, il me faut polir, affiner peaufiner, mais c’est ça, juste ça. Peut être suis-je prétentieuse ? Tant pis, c’est ce que je ressens.

Et finalement, c’est vous qui êtes venu à moi, par la poste, dans un paquet cadeau ficelé d’amitié.

Un bruit de balançoire
Un bruit de balançoire par Christian Bobin, aux éditions L’iconoclaste.

L’écriture bleu sur le blanc, l’épaisseur du papier, j’ai accueilli cet écrin comme une amoureuse suspend le temps, l’instant où tout bascule, cette seconde où elle sait sans savoir, en ouvrant la petite boite carrée couverte de velour révélant une pierre taillée dans l’amour partagé.

Une fois, la boite ouverte, une fois la page tournée, la pierre éclate de sa lumière, la poésie envahit tout l’espace.

Les pages bleues m’ont fait pleurer. Les blanches m’ont faite vibrer.

Mot après mot, j’ai vu danser la poésie. Cette façon parfaite de dire l’indicible. Page après page, j’ai admiré le tableau. Lettre après lettre.

Vous dites avoir écrit avec Ryokan, ce moine japonais dont vous partagez quelques sagesses, comme pour nous le présenter. Mais quand la porte s’ouvre pour laisser entrer les invités à la fête de votre imaginaire, moi, je n’ai eu d’yeux que pour vos mots, vos images, vos comparaisons, pour votre poésie. Il a suffi d’un rayon de soleil sur un verre d’eau pour que le charme se révèle.

Qu’on est loin de la poésie carrée, enfermée dans la cellule tortionnaire de la rime et de la technique littéraire ! Chez vous, la poésie est libre comme l’air. Qu’elle est belle cette liberté. J’ai l’impression de sortir prendre l’air après des mois d’hibernation.

Vous semblez être en conversation avec les étoiles. Ce que vous écrivez est le murmure de vos secrets. Merci pour le partage.

J’avais peur de terminer votre livre, peur de vous lâcher la main. Un peu comme ces promenades de fin de dimanche après midi, main dans la main, au bord d’une digue alors que le soleil commence à rougir. On voudrait garder la sensation des doigts enlassés, la chaleur au creux de la main, la couleur de l’horizon… Par chance un bruit de balançoire, ça ne se tait jamais pour qui sait écouter.

Je suis revenue à votre rencontre poétique… un rendez-vous plus officiel sur les étagères de ma librairie.

C’est sûr, on se retrouvera encore. A bientôt Monsieur Bobin.

Un bruit de Balançoire, de Christian Bobin, aux éditions L’iconoclaste.

Pour écouter l’émission des Racines du ciel sur France Culture, avec Frédéric Lenoir, Leili Anvar et Christian Bobin

 

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2 commentaires sur « Fictive rencontre avec Christian Bobin »

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