Jane et Serge, loin des clichés

Jane & Serge, deux prénoms comme une signature au bas d’un carton d’invitation. Difficile d’y résister… allons donc voir. C’est une exposition.

Jusqu’au 4 novembre 2018, le Musée des Beaux Arts de Calais propose de découvrir les photos d’Andrew Birkin. Le frère de Jane y dévoile un pan de l’univers du couple qu’elle formait avec Serge Gainsbourg, leur ordinaire, ou presque…

Elle est sublime. Incontestablement. Le clair de ses yeux, la douceur de son visage, la frange impeccable.

Lui, ce qui le rend beau, c’est son aura, son charisme, son talent ; sa sensibilité aussi.

Jane Birkin et Serge Gainsbourg forment un couple mythique dans les années soixante. Jusque-là, on est dans le cliché.

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Ce qui fait passer le cliché à l’art de la photographie, c’est le subtile, l’intangible que parvient à fixer sur la pellicule le photographe – l’heure du numérique n’avait pas encore sonné – C’est ce qu’a saisi Andrew Birkin, le frère de Jane, au fil des années.

Une exposition de photos sur les moments privés du couple : le risque était de tomber dans l’album de famille, les traditionnels repas, les pauses pathétiques autour du gâteau d’anniversaire de la petite dernière – fusse-t-elle Charlotte Gainsbourg – et autres mièvreries.

On en est loin. Cela reviendrait à ne considérer les chansons de Serge chantées par Jane, comme de simples tubes d’une époque révolue. Le temps semble avoir lâché prise.

Voici une scène : un papa qui explique à sa fille comment fonctionne l’appareil photo qu’il vient de lui offrir pour son anniversaire. Instantané de complicité, sans pause ni sourire apprêté, simplement le lien d’un père à son enfant. Serge est le père, Charlotte, la petite fille.

Vous allez dire que c’est tellement facile, lorsqu’on partage les moments familiaux de telles icônes… Sans doute, et pourtant.

Le visiteur découvre l’intime sans l’intimité, pas de “pénétration” violente, d’effraction, encore moins d’instants volés. Pas d’autre intention que l’attention qu’un photographe porte à ses proches. La douceur est la clé, ou peut-être est-ce l’amour d’un frère pour sa soeur, la fraternité et le respect entre deux hommes liés par une femme.

Pour Andrew Birkin, l’image, que ce soit par la photo ou le cinéma, est un langage, comme la chanson l’est pour Serge, l’interprétation pour Jane. L’art tient en cela : un cadre, une lumière et puis une attitude, un regard, et enfin, le clic du déclencheur, dans la perfection de ce millième de seconde précis.

En réalité, l’exposition devrait s’intituler “Jane et Serge, by Andrew Birkin”. Parce qu’il aura été le seul à pouvoir faire de telles photos, pas seulement parce qu’il est le frère, surtout parce qu’il est le photographe, celui qui capte le quotidien, le normal, le banal pour en faire le reflet du vivant dans ce qu’il a de plus beau : la respiration de l’instant.

Si Birkin et Gainsbourg  ont souvent joué le jeu des photos sur papier glacé, parfois glaçant, les images d’Andrew sont délestées du maquillage et autres effets de surfait, de surface. Ils sont là Jane et Serge, avec leurs proches, simplement. Presque un pied de nez aux photos « people », cette exposition ramène à l’essentiel.

Je ressors du musée des Beaux-Arts de Calais comme on repart d’un pique-nique champêtre, un dimanche d’été, avec quelques amis : le coeur léger d’avoir partagé avec eux un moment de simplicité, baignée dans leur univers. Merci pour l’invitation.

Florence Pécriaux

Retrouvez ici toutes les informations et les propositions autour de l’exposition Jane et Serge