Chronique au chaud après les feux d’hiver #lechannel #calais

Pardon, j’ai raté le Jour 1.

J’avoue la froideur de décembre m’avait découragée. Et puis mon amie Claire m’a donné rendez-vous au Channel, en plein Feux d’hiver. Ma plume s’est mise à me démanger, alors que je découvrais ces pépites artistiques.

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J 2 : Léandre ou la poétique du quotidien

Certes, on n’a pas tous une armoire véritablement habitée. Mais l’univers de Léandre n’est pas si différent du nôtre. Comme nous, il mange, il dort, il fait la vaisselle, se lave les dents… Comme nous, à ceci près qu’il a une formidable capacité à y insuffler une infinie poésie, à percevoir l’extra dans l’ordinaire. Ses secrets ? Garder un regard d’enfant et aussi s’adapter à la surprise de la situation.

Dans le décor automnal, les chaussettes de chaque jour sont autant de feuilles dorées par le quotidien. Se brosser les dents devient un jeu de bulles, petites notes irisées de savon.

La table à trois pieds se joue de l’équilibre, et la chaise suit le mouvement défiant les lois de la physique. Même la corvée de lessive devient l’occasion d’un match de basket impliquant gaiement le public, avec les dizaines de chaussettes en guise de ballons.

Léandre aime aussi le contact : le facteur, le petit gars, un joyeux double dans son miroir sont des complices du sourire et du rire.

Léandre n’a guère besoin de mots pour exprimer ses émotions, sa maladresse attendrit, nous entrainant à vivre avec lui toutes les nuances de la palette des couleurs de la joie.

L’air de rien, ce magnifique clown invite à poser ce regard poétique sur les petits riens de nos vies, à remettre de la couleur dans le gris de la routine.

J3 : récit d’une froide journée, passée au chaud des Feux d’Hiver.

 

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Les feux d’hiver du Channel : un espace-temps suspendu entre rêve et réalité, parfois déjantés, souvent poétique, tout le temps magique :
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J’ai aimé le décalage totalement … décalé du bruiteur et du comédien de Bris de Banane et leur Meurtre au motel.
💥
J’ai admiré la fluidité dansante du geste jonglé des Invendus, et la complicité de ce pas de deux jouissif.

J’ai été ébahie par les feux d’artifices où même la lune s’est trouvé une place de choix pour ne rien manquer.
🌔

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J’ai savouré les mille pots de feux de Carabosse, rallumant dans l’obcurité tombante la chaleur du partage.
🌞

Les vieilles Carettes, de Jacques Bonnaffé

C’est un drôle de zigoto qui se présente à nous, tournant en boucle, et dans l’espace et dans les idées… Mais ça, c’est juste pour intriguer, attirer l’attention. Petit à petit, le brouillard de cet étrange personnage se lève, quittant la nostalgie des vieilles carrettes pour entrer dans un univers où la poésie côtoie le côté cabossé de la réalité. Légère la poésie ? Peut être dans la forme, mais pas dans le fond. Jacques Bonnaffé touche, fait mouche, fait rire et sourire. Le talent : il faut sans doute cela, sous la peau et sous la triste joie du fou, pour faire valser la peau dure des clichés sur notre Nord et faire chanter le patois, pour déclamer tout en poésie la rudesse et la tendresse de nos contrées, saluant au passage quelques talents trop souvent mis de côtés.

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Chaleur des feux d’hiver au Channel à Calais

J4 : on ne s’en lasse pas

Aux feux d’hiver, tout est possible, et même voir au delà. C’est la voix de Johnny qui m’accueille. Sourire. Puis les patronnes prennent le relais. Unisson féminin sur fond disco, Abba a capella et en Français, il fallait oser, elles l’ont fait et même plutôt bien fait. c’est délicieusement drôle.

Les soeurs presque siamoises Bertha et Miranda contorsionnent leur corps et les idées, et parfois même les bonnes manières. Un peu de souplesse, ça ne peut faire de mal à personne !

Calais, c’est bien un lieu frontière franco-britannique, non ? Alors les goulus passent les obstacles des différences culturelles. Pas question de freiner des quatre fers lorsqu’il s’agit de faire valser les clichés côté français et côté anglais. Sur fond d’humour hippique,  ils font de la traduction leur terrain de jeu.

Pour ce dernier jour, le coup de coeur va à Somos, par la Cie El Nucleo. C’est une bande de jeunes colombiens qui défient la gravité. Le vertige, c’est nous qui l’avons, lorsqu’ils ajoutent un niveau et encore un niveau à leurs pyramides humaines. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est de la performance. Certains n’y verront que cela. Mais derrière la prouesse, ce qui touche, c’est de les voir agir, comme poussés par une urgence vitale, d’affronter l’impossible. Comme si chaque acrobatie était indispensable. La vie, la mort, en défi.

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Au soir des feux d’hiver et de cette année, c’est aux artistes, aux techniciens, aux agents de service, aux communiquants, aux bénévoles, aux salariés, aux agents de sécurité, à Mr Peduzzi, à tous ceux qui ont mis, à un moment ou à un autre, d’une manière ou d’une autre les mains dans le cambouis pour que la magie des feux d’hiver opèrent. Votre mission est accomplie.
Merci.

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Ensemble, on danse – le lundi et tous les jours de la semaine

Comment mettre en mots le mouvement du corps et de l’esprit, comment dire ce que je partage avec mes amis du cours de danse d’Ulrike Muller, chaque lundi à Saint-Martin-Boulogne. Une aventure humaine dansante rare, inspirante…

Illustration : Sophie Defebvre

Chaque lundi, c’est un rituel, c’est danse.On se retrouve, des femmes, des hommes : ensemble, on danse. Certains dansent depuis 25 ans, d’autres ont tout juste fait leurs premiers pas : peu importe, ensemble on danse.

La séance commence : ensemble on danse.

Il y a la consigne, s’y ajoute la musique ; alors devant, derrière, autour et surtout en soi, la danse s’installe, le mouvement s’empare du corps. La tête, les bras, les jambes jusqu’au bout de soi : ensemble on danse.

Entrer en contact avec ses muscles, ses vertèbres, ses articulations, découvrir la souplesse de la cage thoracique, expérimenter l’ampleur du bassin, des genoux, ressentir la colonne vertébrale jusqu’à la moelle. Tout le corps, tous les corps, ensemble dansent.

Et le corps se rallie à l’âme, le mouvement lève le voile.

Lorsque l’exercice est difficile, nous repousse dans les retranchement du corps, la danse nous emmène dans les recoins de notre être, parfois oubliés. 

On pensait la limite là, juste là et l’on découvre le champ d’autres possibles, un nouvel infini. Le geste de l’un inspire l’autre, grandit prend une nouvelle dimension, parce qu’ensemble, on danse.

Ici, la danse est bienveillance : on ne pas se faire mal, parce qu’on redécouvre nos limites pour mieux les respecter. Se respecter soi, respecter l’autre et ensemble, danser.

On ne parle ni technique, ni académique : ensemble on danse.

Ce qui compte c’est la beauté du geste. Il est beau parce qu’il vient du meilleur de soi, il est personnel, sincère, authentique, unique, éphémère, instantané, ici et maintenant, dans la justesse de l’instant.

Il n’y a pas de devant, de derrière, de droite ou de gauche : ensemble on danse.

Chacun est lui-même, un élément de l’ensemble et du tout. 

L’ensemble est beau parce que chacun danse, et chacun est beau dans l’ensemble qui danse.

La danse se loge partout en nous: dans le corps, dans le coeur, dans l’âme, dans notre vie. Le geste, bien sûr, mais aussi le regard, l’intention, l’objectif, le chemin. La danse est partout. La danse, c’est la vie.

Une utopie ? Non, chez nous c’est le lundi. 

Et puis aussi un peu le mardi, avec les enfants le mercredi, en soi le jeudi, avec les autres le vendredi, en musique le samedi, danse encore le dimanche. Youpi demain, c’est lundi ! Et c’est reparti. Et quand il n’y a pas danse, et bien … on danse.
Notre spectacle se déroule lundi 22 mai 2017 à 20h, à l’espace Culturel Georges-Brassens.

Entrée gratuite, venez ! Ensemble, on danse !


Illustration Sophie Defebvre.

13/21 : la douceur électro pop-folk fait vibrer les amours médiévales

Samedi, j’ai assisté à un concert pop folk… du 13ème siècle. Non, je ne blague pas. Et c’était vraiment génial.

13/21 la musique pop folk de Juliette Leroy sublime pour le XXIème siècle les textes d'amours médiévales
13/21 Une rencontre historique et artistique

Bien ancrée dans le XXIème siècle, Juliette Leroy est en jean et Santiags. C’est elle, voix et musicienne de la compagnie Mille Bonjours, qui a composé l’ensemble des mélodies de ce spectacle 13/21. Son terrain de jeux : mettre en musique des textes médiévaux.

Surprise : le son est résolument pop-folk. Le synthétiseur envoie des notes à la douceur électronique enveloppante et chaleureuse. La guitare électrique et les boites à rythmes de Jean-Lou Descamps donnent le change aux percussions de Stéphane Hocquet. Le violon nous emmène parfois sur les falaises d’outre-Manche. Pop folk, résolument. Et puis, il y a les voix, celles de Juliette Leroy et Yves Vandenbussche. Elles s’épousent littéralement, sont deux et un en même temps.

Il règne dans ce concert de la finesse et de la puissance, de la délicatesse et de la profondeur. Transporté, le public l’est complètement.

13/21 a cette originalité de mettre dans cette musique contemporaine des textes du XIIIème siècles. Des chansons d’amour où les mots d’hier font valser les frontières du temps pour n’en retenir que la profondeur des sentiments. La langue d’oïl n’est pas si étrangère à nos oreilles, dans cette incroyable rencontre des siècles. Plus qu’un voyage dans le temps, c’est un peu comme si le phrasé médiéval faisait remonter à la surface les siècles de notre propre ADN, comme si une partie intime de notre être, mémoire ancestrale émotionnelle, se mettait à vibrer. Et la musique contemporaine est la clé pour permettre cette alchimie artistique.

Détails qui comptent :

Le concert a été donné dans le magnifique théâtre élisabéthain du Château d’Hardelot, un petit bijou du Pas-de-Calais, du grand Nooooord… J’aime ce lieu que j’ai vu passer du rêve à la réalité. On peut choisir la polémique, moi, je choisis d’y voir un projet qui ne demande qu’à vivre à la hauteur de ses ambitions, pour faire rayonner la culture et cette région, trésor trop souvent caché.

C’est une coproduction Département du Pas-de-Calais, 9-9bis et Lyric & Co avec le théâtre de Calais. Et ils ont bien fait !

A bientôt !

Rencontres de la Critique et de la Culture : faites bouillonner vos neuronnes

Hello, c’est Bulle

 

Dire qu’on aime ou qu’on déteste, c’est bien. Dire pourquoi, c’est mieux. Autrement dit : critiquer est une chose, avoir le sens critique en est une autre. Je dirais même que c’est un art.

Et cet art, il se cultive, s’aiguise. En ces temps de tentations extrémistes, il est un festival qui a fait de la critique sa raison d’être. Ce sont les Rencontres de la Critique et de la Culture. Pendant quatre jours, à Boulogne-sur-Mer, deux fois par an, on se délecte de découvertes artistico-littéraires, culinaro-musicales, qui font bouillonner le ciboulot, titiller les neurones et réveiller les cerveaux.

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Le principe est le suivant : nous sont proposés une série d’événements : lecture, causerie, pièce de théâtre, concert, film etc. Déjà, là, c’est une aventure culturelle. Mais une fois l’événement terminé, les choses « sérieuses » commencent. Les participants échangent leurs points de vue, leurs analyses, se nourrissent du regard des autres. Nul besoin d’être érudit, il suffit d’être curieux et ouvert. Personne n’a tort, tout le monde a raison, pourvu que les arguments soient bien posés. 

C’est un réel plaisir de voir l’enthousiasme soulevé par le partage. Ce petit ovni culturel est un bijou qui devrait séduire tous ceux qui ont envie de faire bouger la vie culturelle, repousser les frontières des habitudes de la pensée toute faite.

Ces rencontres de la critique sont aussi un hommage à Sainte-Beuve, père de l’art de la critique, boulonnais d’origine. Les thèmes sont toujours subtilement choisis et amenés.

L’autre aspect génial de ces Rencontres, c’est d’y inclure les jeunes. Le Prix Sainte-Beuve des collégiens propose aux jeunes, dans le cadre scolaire, de s’exprimer sur une sélection de livres. Au final, le livre préféré des collégiens se voit décerner le Prix Sainte-Beuve. Mais ce qui est plus fort encore, c’est de lire et même d’entendre ces jeunes s’engager dans la défense d’un ouvrage qui, souvent, les a touchés, bouleversés. ce concours révèle quelques talents d’orateurs tout à fait impressionnants.

C’est à Pierric Maelstaf, personnage aussi unique que son événement, insatiable passionné des belles lettres et des belles pensées, que l’on doit ce concentré de culture.

Bref, notez sur vos agendas :

Les rencontres de la Critique et de la Culture, du 17 novembre au 20 novembre 2016 à Boulogne-sur-Mer et ses environs. Le thème de cette version d’automne est la Flânerie.

Toutes les infos sur http://ca-et-la.fr

A bientôt, et prenez soin de vous

 

Esharêh, Voyage musical dans la poésie des mondes

Bonjour, c’est Bulle,

Samedi soir, je suis allée à un concert étonnant, voire déroutant. J’avais envie de partager cette découverte avec vous.

Sur un tapis persan, zarb, oud, tabla et autres instruments annoncent le voyage vers l’Orient. Et de fait, la voix du chanteur, ses intonations nous projettent, plus encore, comme dans la chaleur d’un mirage. Nous sommes dans l’univers d’Esharêh, « l’allusion » en Farsi. Pourtant, on distingue vite que les mots nous sont connus, que les paroles, aussi fardées soient-elles de ces mélopées, nous rappellent bien quelque chose… Mais quoi ? Derrière chez moi, y a un étang, dans la cour du palais… Mais si, cherchez bien, au fond de votre mémoire. En tout cas, moi, je devais quatre ou cinq ans quand j’ai appris ces chansons. Si elles sont nées en Haute-Bretagne, elles font belle et bien partie de notre répertoire de chansons traditionnelles françaises.

Improbable ?

Rencontre improbable ? Pas du tout, ça fonctionne. Voilà de jeunes hommes (de beaux trentaines, ce qui ne gâche rien ) qui ont trempé la plume de leur influences musicales et leur imaginaire à l’encre de la curiosité, de l’ouverture à l’autre. Les cordes plantent le décor, la clarinette charme, ensorcelle. Les percussions rythment bien sûr, mais leurs sonorités révèlent la sensualité de la peau d’où elles naissent. Difficile d’y résister. (De quoi donner envie de danser, mais j’ai tenu …) Les instruments s’écoutent et se répondent, dans le plus grand respect. Enfin la voix de Simon, qui unit le tout comme le noeud parfait l’emballage d’un généreux cadeau.

Faire danser les influences culturelles les plus éloignées de la planète

Après tout, pourquoi pas ? Pourquoi la mondialisation serait-elle réservée aux multinationales et à la finance ? Mieux, et si les artistes étaient les artisans de cette poétique du monde, l’art de faire émerger une poésie, une harmonie là où d’autres ne voient que différence et discordance. Ils ont cette force de faire dialoguer et danser les influences culturelles des points les plus éloignés de la planète. Ils créent des chemins inédits de rencontre entre ces pôles. Ils nous emmènent au coeur de ce qui nous relie tous (oui j’espère encore…), notre humanité.

Je suis sortie de la salle comme au retour d’un voyage. Sur la route, on est parfois bousculé dans nos habitudes, mais à l’arrivée, on est juste bien, heureux d’avoir vécu l’expérience, riche d’une nouvelle découverte.

A bientôt, prenez soin de vous !

Pour vous faire votre propre idée :
http://www.eshareh.fr
http://www.julienlahaye.com/projets-artistiques/eshar-h